Face aux défis croissants posés par les réseaux sociaux – désinformation, cyberharcèlement, polarisation du débat public – une nouvelle génération d’ingénieurs s’engage pour proposer des alternatives. C’est le cas de Clément Étoré, diplômé de Mines Nancy, fondateur de Bulle, un média social européen conçu pour protéger les utilisateurs et restaurer la confiance dans l’information.
Un parcours d’ingénieur entre data science, sciences cognitives et service public
Entré à Mines Nancy en 2018, Clément Étoré rejoint le département informatique tout en poursuivant un double diplôme en sciences cognitives à l’Université de Lorraine. Ce parcours hybride, à la croisée de la technologie et de la compréhension des comportements humains, constitue un socle déterminant pour la suite de son engagement.
À sa sortie de l’école, il rejoint la fonction publique en tant que data scientist au sein d’un service administratif du Premier ministre. Il y développe une expertise en traitement de données et accède rapidement à des responsabilités managériales.
Mais au fil de ses expériences, un constat s’impose : les réseaux sociaux jouent un rôle central dans les tensions qui traversent nos sociétés. Désinformation, clivages, brutalisation du débat public… autant de phénomènes amplifiés par les logiques d’engagement des plateformes existantes.
Bulle : une alternative européenne aux réseaux sociaux traditionnels
C’est pour répondre à ces enjeux que Clément Étoré fonde Bulle en 2026. Disponible en 7 langues sur iOS et Android, la plateforme se positionne comme un média social européen à la croisée des réseaux sociaux et des médias traditionnels.
L’ambition est claire : proposer un espace numérique sans haine, sans harcèlement et sans désinformation, en repensant en profondeur les règles de fonctionnement.
Contrairement aux plateformes classiques, dont le modèle repose sur la maximisation de l’engagement (souvent au détriment de la qualité des contenus), Bulle adopte une approche radicalement différente : un système « safe by design », où la modération est intégrée dès la conception.
Une plateforme pensée pour protéger les utilisateurs
Le fonctionnement de Bulle repose sur cinq principes fondateurs :
- Une information vérifiée en amont
Seuls les créateurs et médias respectant une charte de déontologie peuvent publier. Les contenus problématiques sont ainsi filtrés avant diffusion, et non supprimés a posteriori. - Une responsabilisation des interactions
Les utilisateurs doivent vérifier leur identité pour commenter ou interagir, limitant ainsi les comportements toxiques et anonymes. - Des algorithmes transparents
Les mécanismes de recommandation sont publics et personnalisables, avec notamment un algorithme « contradictoire » favorisant l’exposition à des points de vue différents. - Une protection renforcée des mineurs
Un couvre-feu nocturne et une limitation du temps d’usage sont appliqués par défaut, quel que soit l’âge déclaré. - Un apprentissage actif
Des outils pédagogiques (quiz, statistiques d’usage) encouragent le développement de l’esprit critique.
Ce modèle vise à créer un environnement numérique plus sain, tout en responsabilisant les utilisateurs.
Un modèle économique éthique et transparent
Autre élément différenciant : Bulle ne repose pas sur l’exploitation des données personnelles. La plateforme ne vend pas les données de ses utilisateurs et n’utilise pas de cookies de tracking tiers. Son financement s’appuie sur :
- un abonnement premium optionnel
- un programme dédié aux créateurs
- une publicité interne, sans transmission de données aux annonceurs
Un positionnement en rupture avec les modèles dominants du secteur.
Entrepreneuriat : relever le défi de l’émergence
Comme toute startup, Bulle a dû relever des défis majeurs dès son lancement. Le principal : convaincre les premiers créateurs de contenu de rejoindre la plateforme.
« À court terme, ils n’avaient rien à gagner à venir sur une plateforme encore peu développée », souligne Clément Étoré. Le projet a néanmoins su fédérer une communauté engagée, prête à soutenir une vision alternative des réseaux sociaux.
Clément Étoré met en avant le rôle déterminant de sa formation à Mines Nancy dans son parcours entrepreneurial : « Les Mines m’ont appris à ne pas craindre de faire les choses. »
Polyvalence, capacité à aborder des sujets complexes – des algorithmes de recommandation aux enjeux de communication ou de gestion – et confiance dans sa capacité à apprendre : autant d’atouts essentiels pour entreprendre.
Une ambition : reconstruire un espace numérique de confiance
À travers Bulle, Clément Étoré porte une vision ambitieuse : celle d’un espace numérique européen fondé sur une information de qualité et un débat apaisé. « Je souhaite que l’on renoue avec un socle informationnel commun, en France et en Europe. » précise-t-il.
Dans un contexte de défiance croissante envers les plateformes numériques, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation des outils technologiques au service de l’intérêt général.
